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Les réseaux satellitaires dans le dernier rapport du Shift Project

Description et estimation de l'empreinte carbone des mégaconstellations pour le think tank de la transition bas carbone.

Les réseaux satellitaires dans le dernier rapport du Shift Project

Source : The Shift Project

The Shift Project a publié deux nouveaux rapports sur le numérique, en s’intéressant particulièrement dans l’un d’eux aux réseaux satellitaires et aux méga-constellations internet en collaboration avec AÉRO DÉCARBO.

Pour cette analyse, nous avons réutilisé un modèle de déploiement-renouvellement de ces infrastructures et d’estimation des pressions environnementales associées que j’ai développé avec Andrew Wilson et Guillermo Joaquín Domínguez Calabuig pour l’étude présentée ici.

Il a d’abord permis d’illustrer que ces constellations marquent un changement d’échelle en terme de masse de charge utile placée chaque année en orbite. Par rapport aux activités historiques de la dernière décennie, elles conduiraient à une multiplication par 9 d’ici 2040 et ceci même sous notre hypothèse d’une configuration réduite à 7500 satellites pour la plus grande d’entre elle, Starlink (contre 42000 potentiels).

Ensuite, ce modèle nous a permis d’obtenir l’évolution des émissions liées à la réalisation de ces projets de constellations. Les émissions du secteur spatial sur le cycle de vie pré-lancement seraient multipliées par 5 d’ici 2040.

Augmentation très conséquente, mais l’évolution la plus inquiétante se situe du côté des lancements avec la multiplication des émissions de particules dans les hautes couches de l’atmosphère (x6 à 7 pour l’alumine et les suies), connues comme principales responsables de l’impact climatique du secteur car leur pouvoir de réchauffement y est décuplé par rapport au sol (on parle d’un facteur 500 pour les suies). Plus de détails sur ce sujet ici.

Cependant, des incertitudes importantes demeurent à la fois sur les quantités émises et sur leurs effets sur le climat ou l’ozone. En particulier, les émissions de suies du méthane, carburant du Starship assurant le déploiement de Starlink, sont encore inconnues (les experts utilisent des “best guesses”, que nous avons repris).

Autrement dit, l’impact climatique de Starlink, le projet qui sera le principal déterminant de la “taille” du secteur spatial, est lui-même déterminé par une grandeur qui n’est pas connue.

C’est embarrassant dans un contexte d’urgence climatique, et alors que le reste de l’économie planifie sa décarbonation.

Et ceci pour quels services ? Et pour qui ? Le rapport “Réseaux” vous donnera des clés de compréhension. Spoiler : on est assez loin de la vision souvent mise en avant de projets de connectivité pour les pays pauvres.