Soutenabilité environnementale des activités spatiales futures annoncées
Article scientifique présentant une évaluation quantitative des impacts environnementaux des projets spatiaux annoncés.
Quel serait l’impact sur l’environnement terrestre si les projets annoncés par les acteurs du secteur spatial prenaient vie ? Même les plus fous ?
Pourquoi poser cette question ?
Parce que malgré les avertissements répétés des scientifiques sur la trajectoire alarmante du « Vaisseau Terre » et les conséquences désastreuses pour ses passagers (humains et non-humains), le fantasme d’un développement technologique et d’une croissance économique inexorables reste aux commandes.
Si l’industrie spatiale a historiquement été une alliée dans la lutte contre les changements environnementaux grâce aux programmes d’observation de la Terre, elle est de plus en plus au service de ce modèle de développement délétère. Certaines icônes du secteur alimentent ce fantasme avec des récits et des projets grandioses : « faire de l’humanité une espèce multi-planétaire » (comprendre coloniser Mars), voyager en fusée d’un point à un autre de la Terre en moins de 30 minutes, ou démocratiser l’accès à l’espace pour le tourisme.
Pourtant, sur ces projets, comme sur d’autres un peu plus réalistes et déjà engagés (ex: les mégaconstellations), presque aucune étude environnementale n’avait été réalisée.
C’est pourquoi j’ai commencé cette étude il y a environ un an et demi. J’ai été rejoint par Andrew Wilson et Guillermo Joaquín Domínguez Calabuig, qui ont rendu cela possible, et je suis heureux d’annoncer que notre article vient d’être publié dans Acta Astronautica.
Nous avons estimé les impacts environnementaux des grands projets spatiaux annoncés pour la période 2022-2050 en utilisant l’analyse du cycle de vie (ACV), sans considérer leur faisabilité technique et économique (il s’agit donc d’une expérience de pensée, pas d’une prédiction).
Quelques résultats clés :
- Les projets « réalistes » entraîneraient une augmentation sans précédent des impacts des activités spatiales, atteignant des niveaux élevés d’appauvrissement de la couche d’ozone (6 % des impacts mondiaux), mais restant faibles pour le changement climatique. Cependant, lorsque les effets indirects à haute altitude des particules émises par les fusées sont inclus, ils pourraient, d’ici 10 ans, modifier le bilan radiatif de l’atmosphère autant que l’aviation mondiale actuelle.
- Le tourisme spatial bat toutes les activités existantes en termes d’inégalités environnementales en combinant des empreintes extrêmes par passager et une inaccessibilité économique totale (un post dédié suivra).
- Les impacts des projets spéculatifs de transport terrestre par fusée et de colonisation de Mars sont prohibitifs (impacts considérables sur la couche d’ozone, et probablement aussi sur le climat à cause des particules). Cela a une implication majeure : échapper à la destruction des écosystèmes terrestres en créant une colonie autosuffisante sur Mars… détruit les écosystèmes terrestres au cours du processus. À l’ère de l’Anthropocène, loin d’être une porte de sortie, la colonisation spatiale est un dangereux délire.
Tout cela n’est pas vraiment idéal (et souvent pas crédible) alors que nous devons de toute urgence revenir à l’intérieur des limites planétaires tout en garantissant une vie digne pour tous.
Ces résultats sont, bien entendu, à vérifier par de futures études, mais ils apportent déjà des réponses fondamentales qui peuvent aider à éclairer les politiques et à remettre en question certains récits très répandus sur notre avenir.