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Services spatiaux : infrastructures résilientes ou château de cartes ?

Analyse de la fragilité croissante de l'environnement orbital face à l'explosion des manœuvres d'évitement et aux risques de collisions.

Services spatiaux : infrastructures résilientes ou château de cartes ?

Source : NASA Scientific Visualization Studio

Les services spatiaux dont dépendent massivement nos sociétés sont-ils réellement résilients ou reposent-ils sur un château de cartes ? Deux nouvelles récentes illustrent une réalité encore largement sous-estimée : la fragilité croissante de l’environnement orbital.

Une collision catastrophique évitée de justesse

Il y a quelques jours, faute de coordination préalable, un satellite tout juste lancé par la Chine est passé à 200 m d’un satellite Starlink. Une distance infime au regard des vitesses en jeu (7,8 km/s) et des conséquences potentielles1 : des milliers de débris générés dans la zone orbitale la plus dense (là où est Starlink), avec donc un risque majeur d’effet en cascade.

Starlink, justement, réalise un nombre de manœuvres d’évitement de collision qui double tous les 6 mois, atteignant 144 000 sur le 1er semestre 2025. Ce chiffre reflète à la fois la taille de la constellation (9000 satellites) et une approche exigeante de la sécurité spatiale, non par choix, mais par nécessité face au risque croissant2.

En bref, le risque et la complexité des opérations spatiales explosent. La stabilité des orbites dépend désormais d’un pilotage permanent, où la moindre erreur peut coûter extrêmement cher, alors même que nous ne sommes qu’au début du déploiement des mégaconstellations.

La CRASH Clock : une nouvelle mesure du stress orbital

Dans ce contexte, une étude récente intitulée An Orbital House of Cards3 (preprint) propose une nouvelle métrique pour quantifier le stress sur l’environnement orbital et notre dépendance à une gestion sans erreur : la CRASH Clock. Elle mesure le temps avant une collision catastrophique en cas de perte généralisée des manœuvres d’évitement ou des systèmes de localisation des objets.

Résultat : 2,8j.

En 2018, avant Starlink, cette valeur était de 121j.

Un système vulnérable

On l’a vu, une collision majeure peut survenir même en business as usual. Quid en cas de perturbation du système ? Lors de la tempête solaire de mai 2024, des milliers de satellites ont dû manœuvrer pendant 3j du fait de l’augmentation brutale de la traînée atmosphérique et des collisions potentielles induites par ces manœuvres. Or, après une manœuvre, l’incertitude sur la position peut atteindre plusieurs km, rendant les évitements très incertains : on se rapproche alors du cas mesuré par la CRASH Clock.

Pourtant, la résilience est souvent présentée comme une propriété intrinsèque et un avantage clé des infrastructures spatiales. Cet argument est systématiquement mobilisé pour des projets futurs : constellation européenne IRIS2, ou même data centers et centrales solaires en orbite.

Mais ces éléments questionnent fortement ce postulat, d’autant plus avec le risque que l’orbite devienne aussi une zone d’affrontement militaire.

Ceci s’ajoute à d’autres vulnérabilités structurelles de l’industrie spatiale face à des risques systémiques croissants : nombreux points de défaillance unique, ultra-spécialisation des chaînes d’approvisionnement, délais longs, faible pouvoir de négociation en cas de pénurie, substitutions difficiles, inertie technologique élevée…


Références

1. Space.com. Spacecraft from Chinese launch nearly slammed into Starlink satellite, SpaceX says. https://www.space.com/space-exploration/satellites/spacecraft-from-chinese-launch-nearly-slammed-into-starlink-satellite-spacex-says (2025).

2. Lewis, H. Starlink manoeuvre update, July 2025. https://www.linkedin.com/pulse/starlink-manoeuvre-update-july-2025-hugh-lewis-utkhe/ (2025).

3. Thiele, S., Heiland, S. R., Boley, A. C. & Lawler, S. M. An Orbital House of Cards: Frequent Megaconstellation Close Conjunctions. Preprint at https://doi.org/10.48550/arXiv.2512.09643 (2025).