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Le Monde : les activités spatiales menacent-elles la haute atmosphère ?

Résumé de mon interview sur les impacts des rentrées atmosphériques.

Le Monde : les activités spatiales menacent-elles la haute atmosphère ?

Comme si la liste des ennuis écologiques auxquels nous sommes confrontés n’était pas déjà assez longue, Le Monde expose dans cet article une menace relativement nouvelle, que beaucoup découvriront pour la première fois : les conséquences des activités spatiales sur la haute atmosphère.

Pourquoi en parler maintenant ?

La nouveauté, c’est le changement drastique d’échelle que représente le déploiement des mégaconstellations de satellites comme Starlink, qui visent à apporter un accès internet à faible latence partout sur la planète.

La recherche de la latence la plus faible possible conduit à placer ces satellites à des altitudes très basses, ce qui augmente mécaniquement la quantité totale de satellites nécessaire pour assurer une couverture globale. Ainsi, Starlink prévoit jusqu’à 42 000 satellites, qui pèseront chacun entre 740 et 1250 kg à terme [MAJ : maintenant jusqu’à 2 tonnes en 2026 !], et ayant une durée de vie faible d’environ 5 ans, ce qui leur a valu le surnom de « Kleenex de l’espace ».

Des chiffres à mettre en perspective avec l’histoire du secteur spatial pour comprendre le caractère pharaonique du projet :

  • Entre le lancement du 1er satellite Sputnik et le début du déploiement de Starlink en 2019, près de 9000 satellites ont été lancés. Le même nombre entre 2019 et aujourd’hui.
  • Pour maintenir Starlink, il faudrait placer environ 8400 tonnes en orbite chaque année, soit 20 fois plus que l’ensemble des activités spatiales en 2019.

C’est dans ce contexte que l’article alerte sur les conséquences des émissions croissantes de particules métalliques causées par les retours de ces satellites. Injectées dans la mésosphère, située entre 50 et 90 km d’altitude ces particules redescendent progressivement jusqu’à atteindre la stratosphère pour y causer des perturbations diverses (déplétion de la couche d’ozone, formation de nuages, …), mais dont l’ampleur n’a pas été quantifiée à ce jour. Cette migration se faisant sur un temps potentiellement long (30 ans ?), il existe un dangereux délai entre les émissions et leurs conséquences.

Bien sûr, il est possible – et même plus que souhaitable à ce stade – que ces conséquences s’avèrent bénignes. Mais comme je le souligne dans l’article, le principe de précaution devrait s’imposer. Bien que peu crédible en pratique, un moratoire sur le déploiement de ces mégaconstellations permettrait de donner le temps aux scientifiques de faire leur travail, aux régulateurs d’en tirer les conséquences éventuelles, et peut-être aux citoyens de débattre démocratiquement de l’utilité de ces satellites.

Ceci est également valable pour les effets sur le climat causés par les émissions des fusées lors de leur lancement, qui bien qu’incertains, sont mieux identifiés et compris que l’impact de la rentrée. Idem pour les dégâts causés à l’astronomie et plus généralement à l’héritage commun de l’humanité qu’est le ciel nocturne – sujet abordé dans un autre article publié simultanément par Le Monde.